Chiralité et curiosité sans frontières : le parcours d’Audrey Pollien, jeune chercheuse audacieuse !

Audrey Pollien est en 1ère année de doctorat à l'ISIS, sous la direction du Dr Cyriaque Genet, mais peut déjà s'appuyer sur un parcours scientifique d'excellence et plein d'audace... Partons à la rencontre de cette jeune chercheuse qui s'intéresse aux moyens de contrôler la chiralité, aux frontières de la physique et de la chimie.

 

  • Pouvez-vous nous parler de votre parcours académique jusqu’à présent et de ce qui vous a conduit à choisir ce domaine de recherche ?

Après deux années de classes préparatoires, j’ai intégré en 2021 le département de chimie de l’École Normale Supérieure Paris-Saclay, dont j’ai récemment été diplomée, tout en suivant un Master en Chimie Inorganique, Physique et du Solide à l’Université Paris-Saclay.

Mon parcours a toujours été guidé par la curiosité et la fascination pour les interactions lumière–matière. Je me suis d’abord intéressée à la chimie organique et photochimie, en découvrant comment la lumière peut contrôler la réactivité chimique à l’ENS de Lyon avec Dr. Laure Guy et Dr. Marine Labro. J’ai ensuite exploré ces interactions sous un angle théorique et de modélisation à l’Institut de Chimie Physique d’Orsay sous la direction du Dr. Federica Agostini. Puis entre 2023–2024, j’ai réalisé une année prédoctorale de recherche au Physikalisch-Chemisches Institut (PCI) de l’Université de Heidelberg sous la supervision du Prof. Dr. Petra Tegeder, où j’ai étudié les propriétés optiques non-linéaires de molécules diradicalaires chirales, ce qui a renforcé mon intérêt pour la chiralité. De retour en France, mon mémoire de Master portait finalement sur des assemblages chiroplasmoniques tridimensionnels que j’ai effectué au Laboratoire de Photophysique et Photochimie Supra- er macromoléculaires (PPSM) sous la supervision du Dr. Guillaume Laurent.

Aujourd’hui, le projet de thèse que je mène avec le Dr. Cyriaque Genet explore les effets en absorption, en émission et au travers des non-linéarités chiroptiques du couplage chiral molécules–cavité. Ce projet ambitieux constitue une synthèse cohérente de mon cheminement jusqu’à présent puisqu’il intègre toutes les dimensions de mon parcours : systèmes moléculaires, chiralité, optique non-linéaire et couplage fort lumière–matière.

 

  • Qu’apporte l’environnement de recherche à ISIS (professionnellement et personnellement) ?

L’environnement de recherche à l’ISIS est à la fois scientifiquement stimulant et humainement enrichissant, grâce à sa forte interdisciplinarité. En tant que chimiste encadrée par un physicien et dialogant avec des collègues formés en physique, je suis souvent confrontée à différentes façons de raisonner. Cette diversité, parfois source de malentendus amusants, m’incite à affiner ma réflexion, ma communication et la conception même de mes expériences. Cette diversité se retrouve également dans la dimension internationale du laboratoire puisque quotidiennement on a la chance de travailler avec des chercheurs formés dans divers systèmes académiques et façonnés par des cultures variées, ce qui est très enrichissant sur le plan humain. 

Professionnellement, l’environnement que propose l’ISIS permet d’être complètement autonome tout en bénéficiant d’échanges avec des experts de différents domaines et d’un accès à des outils et plateformes avancés. Mais ce qui fait réellement la différence, c’est probablement l’atmosphère intellectuelle. L’ISIS est véritablement un lieu où explorer des idées audacieuses semble presque naturel. Une discussion autour d’un café ou un échange dans un couloir peut facilement se transformer en une nouvelle idée expérimentale. Un détail qui m’a frappée dès mes premiers jours, c’est la présence de tableaux noirs sur les murs des couloirs. J’adore cela car ça renvoit le message qu’aucune idée, aucune explication, aucune d’intuition ne doit jamais se perdre simplement parce qu’il n’y avait pas de place pour l’écrire !

 

  • Quels sont vos souhaits et projets pour l’avenir de votre carrière ?

À court terme, je souhaite continuer de m’épanouir dans la recherche et dans les collaborations que je mène actuellement. À plus long terme, j’aimerais construire une carrière à l’interface de la physique et de la chimie, en continuant d’explorer les interactions lumière–matière. J’aimerais également intégrer le mentorat dans ma carrière car transmettre le savoir, mais aussi la curiosité et la rigueur scientifique, est quelque chose que je valorise grandement. Cet engagement s’inscrirait naturellement dans la continuité de mon implication actuelle au bureau national du Réseau Jeune de la Société Chimique de France (RJ-SCF), où j’essaie de contribuer à mon échelle à la dynamique et à la mise en valeur de notre communauté scientifique. 

Plus généralement, j’espère construire une carrière où je pourrai rester audacieuse dans mes choix scientifiques parce que je crois que l’innovation exige du courage : celui d’explorer des idées non conventionnelles et de franchir les frontières disciplinaires. Et je crois être quelqu’un de courageux !

 

  • Qu’appréciez-vous dans votre vie à Strasbourg et en Alsace ?

Strasbourg est une ville agréable à vivre qui possède également un écosystème de recherche dynamique, tout en restant à taille humaine et relativement calme. J’aime particulièrement aller courir le long de l’Ill ou dans le centre historique le week-end. Originaire de Haute-Savoie, je dois avouer en revanche que j’ai l’habitude d’être entourée de montagnes — donc les Vosges ne rivalisent pas tout à fait avec les Alpes ! Mais elles offrent juste ce qu’il faut de dénivelé pour également se changer les idées.

Je n’avais jamais visité l’Alsace avant mon arrivée à Strasbourg et je dois dire qu’elle possède une identité culturelle unique, notamment du fait de sa position au carrefour entre la France et l’Allemagne. Je trouve qu’il y a quelque chose d’assez inspirant à vivre dans un lieu où les cultures se mêlent ainsi.

 

  • Si vous deviez nommer la chose dont vous êtes le plus fière (dans votre carrière ou votre vie personnelle), laquelle serait-ce ?

Je pense que je dirais l’obtention de mon diplôme de l’École Normale Supérieure. Aussi philosophique que cela puisse paraitre, ce diplôme n’est pas seulement le fruit de longues heures de travail ; il est pour moi le symbole d’une conviction profonde que j’ai toujours portée en moi. Ce qui rend cette réussite si particulière, c’est le chemin parcouru pour y parvenir. À plusieurs reprises, ma capacité à intégrer l’ENS a été remise en question. Pourtant, je n’ai jamais abandonné. 

Lorsque j’ai enfin atteint ce rêve, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas seulement d’une réussite, mais d’une force que je pouvais utiliser dans les moments difficiles. Cette expérience m’a appris que même après avoir réalisé ses objectifs, il est crucial de se souvenir du courage qu’ils ont exigé, de la ténacité qu’ils ont façonnée et de l’inspiration qu’ils continuent de porter.

Obtenir ce diplôme a donc été bien plus qu’une réussite académique. Ces quatre années m’ont profondément transformée, tant sur le plan scientifique que personnel, et j’en suis sortie pleinement épanouie. Aujourd’hui, ce qui me rend heureuse, c’est d’avoir, d’une certaine manière, réussi à incarner et d’être devenue la personne que la moi de classe préparatoire rêvait de devenir : une version d’elle-même capable de rêver grand… et d’oser y parvenir.

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