Mélanie Romain : la passion de la nanomédecine

Mélanie Romain est en post-doc dans l'équipe du Dr Alberto Bianco, Nanomatériaux 2D et carbonés multi-fonctionnels à visée thérapeutique, hébergée à l'ISIS. Elle y travaille sur des systèmes hybrides nanoparticules–peptides pour des applications antibactériennes

  • Pouvez-vous nous parler de votre parcours académique jusqu’à présent et de ce qui vous a conduit à choisir ce domaine de recherche ?

J’ai toujours été très curieuse, intéressée par tout, donc choisir une voie a été difficile dès le départ. Heureusement, je suis tombée amoureuse de la nanomédecine au lycée, lors de projets que nous devions mener sur une année. Découvrir à quel point l’échelle nanométrique change complètement les propriétés des matériaux m’a vraiment fascinée, et cela a orienté mes choix d’études par la suite.

Mon parcours académique est ancré en chimie et en nanosciences, avec une spécialisation progressive vers la nanomédecine. J’ai d’abord obtenu une licence internationale de chimie à l’Université de Bordeaux, incluant une année d’échange à l’Université Laval au Canada, où j’ai été exposée pour la première fois à la recherche en nanotechnologies appliquées au biomédical.

J’ai ensuite poursuivi avec un diplôme d’ingénieur à l’ENSMAC (Bordeaux INP, équivalent M2), avec une spécialisation en nano- et microtechnologies. Durant cette période, j’ai eu plusieurs expériences de recherche, à la fois en milieu académique et industriel, sur plusieurs continents, travaillant sur des sujets allant des membranes de nanofiltration et du développement de catalyseurs aux biomatériaux. Cela m’a permis de construire une base solide en science des matériaux et de comprendre comment la chimie peut répondre à des problématiques concrètes.

Ce qui a véritablement confirmé mon choix de domaine est cette exposition progressive aux nanomatériaux appliqués à la santé et à l’environnement. Je me suis particulièrement intéressée à la manière dont on peut concevoir des nanostructures fonctionnelles capables d’interagir avec les systèmes biologiques. Cela m’a naturellement conduite à entreprendre un doctorat en chimie axé sur la nanomédecine à l’Université de Bourgogne. Mes travaux de recherche portaient sur la synthèse de nanoparticules hybrides pour le ciblage des vésicules extracellulaires et sur le développement de plateformes à base de nanobâtonnets d’or pour l’immunothérapie photothermique du cancer.

Actuellement, en tant que chercheuse postdoctorante à Strasbourg, je poursuis dans cette voie en travaillant sur des systèmes hybrides nanoparticules–peptides pour des applications antibactériennes.

Dans l’ensemble, ce qui a motivé mon parcours est le caractère fortement interdisciplinaire de ce domaine, à l’interface entre la chimie, la science des matériaux et la biologie, ainsi que la possibilité de contribuer à des stratégies thérapeutiques innovantes.

 

  • Qu’est-ce que l’environnement de recherche à ISIS vous apporte (professionnellement et personnellement) ?
     

L’environnement de recherche à ISIS est vraiment stimulant et propice à l’évolution. Ce que j’apprécie le plus, c’est l’aspect interdisciplinaire : travailler à l’interface de la chimie, de la physique et de la biologie, et entendre parler de ces différents domaines apporte naturellement de nouvelles perspectives à mon travail et me pousse à penser différemment. D’un point de vue pratique, j’ai également beaucoup bénéficié de l’accès quasi ouvert à une large gamme d’équipements et de techniques de caractérisation. Cela facilite grandement l’avancement des projets et permet d’explorer des idées de manière plus autonome. Il est aussi assez impressionnant d’être entourée de chercheurs de si haut niveau, y compris des scientifiques de premier plan et même des lauréats du prix Nobel. Cela peut parfois sembler un peu irréel — je me surprends encore à avoir de petits « fan moments », mais de manière très motivante. Sur le plan personnel, c’est aussi un environnement convivial et très international, ce qui est toujours enrichissant. Les interactions sont faciles et cela crée une atmosphère bienveillante, à la fois motivante et agréable au quotidien.

 

  • Quels sont vos souhaits et projets pour la suite de votre carrière ?


Actuellement, je suis à la recherche d’une nouvelle expérience postdoctorale où je pourrai continuer à évoluer en nanomédecine tout en m’ouvrant à de nouvelles idées et approches. Même si le parcours à long terme reste incertain dans ce domaine, ce qui me motive avant tout, c’est de rester curieuse et passionnée par la science. J’espère construire une carrière dans laquelle je pourrai conserver cet enthousiasme, travailler sur des projets porteurs de sens et être entourée de personnes véritablement passionnées par la recherche, et pas uniquement focalisées sur les indicateurs de performance.

 

  • Qu’appréciez-vous dans votre vie à Strasbourg et en Alsace ?


Je suis vraiment impressionnée par le côté cosmopolite de Strasbourg, avec une grande diversité de nationalités (universitaires, politiques, étudiants et touristes), tout en conservant une identité alsacienne très forte. C’est d’ailleurs l’une des identités régionales les plus marquées que j’ai rencontrées en France jusqu’à présent. Au quotidien, j’apprécie aussi beaucoup la facilité de se déplacer à vélo. Quelle que soit la journée, les choses semblent toujours un peu meilleures en longeant le canal du Rhône au Rhin à vélo et en observant les oiseaux.

 

  • Si vous deviez citer une chose dont vous êtes la plus fière (dans votre carrière ou votre vie personnelle), quelle serait-elle ?
     

Une chose dont je suis particulièrement fière est mon engagement dans la médiation scientifique en parallèle de mes activités de recherche. J’ai participé à de nombreuses actions pour partager mon travail (Experimentarium, MT180, fêtes de la science, Nuit européenne des chercheurs, etc.) avec le grand public et les plus jeunes, et j’accorde beaucoup de valeur à ces moments où des idées scientifiques complexes deviennent accessibles et suscitent la curiosité.

Mes expériences à l’étranger ont également joué un rôle important dans la manière dont j’aborde cela. Être exposée à différentes cultures et façons de communiquer m’a rendue plus adaptable et plus attentive à la manière dont les personnes s’approprient et comprennent la science.

Pour moi, être chercheuse ne consiste pas seulement à produire des connaissances, mais aussi à les rendre compréhensibles et porteuses de sens au-delà du laboratoire. Et rien n’est plus gratifiant que de voir cette étincelle de curiosité et d’enthousiasme dans les yeux d’un enfant lorsqu’il réalise que, finalement, cela pourrait être fait pour lui.

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